Départ de la randonnée, Caunes-Minervois, direction le château d’eau.

Il est 8 heures en ce mois de juin, quand nous quittons notre maison pour ce périple de trois jours dans la Montagne Noire. Nous laissons l’avenue Jean-Jaurès pour prendre la rue des Bassins. Nous montons en direction du château d’eau. Avant de nous engager sur la route forestière de Villegause nous en profitons pour nous délecter de la vue aérienne sur Caunes Minervois. Le village s’éveille sous le soleil. Qu’il est beau. Il apparaît serein, avec son abbaye qui lui confère une sorte de majesté. Nous grimpons la route forestière et ses lacets. La vue s’élargit. Les Pyrénées apparaissent. Dans les Monts d’Olmes, pointent les cimes du Saint-Barthélémy et du Soularac.

Après avoir dépassé sur notre gauche l’entrée de la piste qui dessert les captages d’eau d’Ourdivieille, nous atteignons les ruines du hameau de Villegause. Il a été habité jusqu’à la fin du XIXème siècle. Le recensement de 1891 révèle qu’il ne vivait ici plus qu’une famille, celle du garde forestier. Celui de 1901 ne compte plus personne.

Nous continuons à grimper pour atteindre le carrefour du Plo de la Bonnette. Nous profitons de l’abri des chasseurs pour boire et manger quelques fruits secs.

Nous reprenons notre marche en direction de Pujol de Bosc.

Le chemin ne monte que très légèrement. La vue est superbe sur la plaine de l’Aude, les Corbières et les Pyrénées. Notre regard se porte au bas de la pente, sur le château de Villerambert. Un petit joyau dans ce paysage.

Nous arrivons à Pujol de Bosc. Apparaît en dessous du chemin, le bâtiment préfabriqué de l’école construite au milieu des années 60 pour accueillir les enfants des harkis, installés au village après l’indépendance de l’Algérie.

Arrivés aux premières maisons, nous continuons sur le chemin jusqu’à un carrefour où nous prenons à droite. La voie se rétrécit, bordée par des arbres et des buissons. Nous atteignons ensuite la route forestière de Coumo d’Habit. Elle monte en longeant, côté aval, une parcelle, qui il y a quelques années encore, était parcourue par des moutons et des chevaux. Elle constituait alors un pare-feux efficace. On arrive ensuite sur le replat du carrefour de Peyre Male.

Sur la droite, la route mène à Castanviels. Nous prenons à gauche. La route descend légèrement. Le paysage s’ouvre sur les hauts de Castanviels.

On chemine dans un bois de cèdre de l’Atlas avant de rejoindre le carrefour des Ferraches où nous nous arrêtons pour déjeuner. Nous nous installons sur des rochers à l’abri des pins, le regard tourné vers les sommets de la Bourrasse et des Pierres Blanches.

La pause finie nous nous engageons sur la route forestière de Patréou qui dessert la forêt domaniale des Soulanes de Nore. L’environnement change. Nous avons quitté l’étage méso-méditerranéen caractérisé par le chêne vert et le chêne pubescent, pour entrer dans l’étage supra-méditerranéen caractérisé par le châtaignier. Nous traversons des forêts de cèdre de l’Atlas ou de pin laricio qui nous plongent dans une ambiance montagnarde.

La route présente une faible déclivité, d’abord montante puis descendante.

Après avoir traversé plusieurs combes creusées par les ruisseaux de Peyre-Male, du Bosquet, du Péril et de la Dreit, nous découvrons au travers du feuillage des châtaigniers, le village de Lespinassière que nous approchons.

Nous traversons ensuite une forêt de douglas, essence originaire de la côte ouest des Etats-Unis, introduite en France au XIXème siècle. Puis une forêt de sapin mélangé à du hêtre dans une ambiance luxuriante.

Le caractère montagnard s’affirme. En témoignent les ancolies que nous découvrons au bord du fossé.

La route descend régulièrement et nous quittons la forêt résineuse pour entrer dans une belle châtaigneraie dont le feuillage filtre agréablement les rayons du soleil. Nous la quittons enfin au niveau de la courbe, qui surplombe le village de Lespinassière pour prendre à angle droit, un sentier muletier, qui rejoint la RD 620 et la stèle des maquisards, assassinés par les allemands le 5 août 1944. Un peu plus loin dans la boucle de la route départementale nous suivons le chemin qui, sur notre gauche nous conduit à la campagne des Vergnèdes où la table et la chambre d’hôtes nous attendent.

Le lendemain, après un bon petit déjeuner pris avec nos hôtes, nous reprenons notre escapade. Nous cheminons à nouveau sur la RD 620 sur environ 170 mètres et bifurquons à gauche pour emprunter un sentier qui grimpe dans le versant boisé. Nous traversons une belle futaie de douglas et suivons une clôture à moutons avant d’atteindre la RD 9. Nous la franchissons pour nous engager sur la route forestière de la Fage.

Celle-ci grimpe de manière soutenue et nous permet de découvrir dans la sapinière un seuil en pierre sèche, construit pour limiter l’érosion d’un ancien lit de ruisseau.

Nous passons devant le captage communal de Lespinassière et atteignons le chemin de crête qui marque la limite conjointe des départements de l’Aude et du Tarn. Nous tournons sur notre gauche et suivons le tracé du GR7. Nous passons juste en dessous du Roc de Peyremaux qui culmine à 1 008 mètres. La légende veut que les audois et les tarnais se disputèrent le rocher. Les uns le tirèrent à eux avec une corde de chanvre qui se rompit. Les autres plus patiemment, avec une corde de laine. Il en résultat la devise de la commune d’Albine sur laquelle se trouve aujourd’hui le Roc : « la patience vaut mieux que la force ».

Le chemin continue sur le plateau, assis tantôt dans le Tarn, tantôt dans l’Aude. L’exploitation récente des coupes de bois ouvre le paysage et notre regard se porte sur le Bosc Nègre et le Pic de Nore puis sur le Haut-Cabardès.

Le vent marin se lève et le beau ciel bleu qui nous accompagnait depuis notre départ ce matin, se voile progressivement. Nous nous installons à l’abri d’un taillis de hêtre pour nous restaurer autour du panier que nous ont préparé nos gentils hôtes. Puis nous repartons en direction du Portail de Nore, en cheminant à travers des taillis de hêtres.

Arrivés sur la RD 87, nous nous engageons sur le GR 36 qui grimpe entre des landes à genêts et un bois de mélèze. Nous nous trouvons subitement dans le brouillard créé par le vent marin. Nous atteignons le Pic de Nore à 1211 m d’altitude. Notre regard cherche en vain la silhouette de l’émetteur de télévision dans cette nébulosité, avec la crainte qu’il ait complètement disparu.

On quitte le GR 36 pour continuer sur un sentier à travers la lande à fougère, à callune et à genêt.

La forêt de hêtre se substitue aux plantations de sapin. Nous sommes toujours dans l’étage montagnard.

Nous quittons le brouillard. La pente du sentier se fait plus forte et à un embranchement, nous découvrons la « cabane d’Hélène » une capitelle, précieux témoignage de l’activité pastorale, aujourd’hui disparue. Les hommes et leurs troupeaux ont été remplacés par la forêt.

Nous continuons à descendre, en longeant des murs en pierre sèche ou d’imposantes dalles en pierre, plantées dressées, en limite des parcelles. Nous sommes en surplomb de la RD 87 quand se dessine le village de Pradelles-Cabardès. Nous nous dirigeons vers l’église Saint-Jean Baptiste datant du XIVème siècle avec son clocher porche.

Après avoir visité l’église, nous descendons la rue de la Côte pour nous diriger vers le « Petit Pradellois » où nous avons réservé une table et une chambre.

Une bonne douche permet de nous détendre et de récupérer nos forces après la fatigue de la journée.
Le lendemain nous repartons en direction de Cabrespine et avant la sortie du village, nous prenons sur la droite, l’ancienne route de Carcassonne. Nous longeons le ruisseau de l’Arnette, bordé de beaux hêtres.

Le chemin passe ensuite devant une ancienne glacière, datant du XIXème siècle. On remarque sa voûte en pierre. L’ouvrage est profond. On y accumulait l’hiver, la neige issue des congères, que l’on tassait fortement. Une fois la glacière pleine, on recouvrait la glace pour la conserver, avec des feuilles de hêtre sur une épaisseur de 1 mètre.

Nous rejoignons la RD 112 et la suivons sur un peu moins de 600 mètres. Ensuite, on la quitte pour prendre le sentier qui la longe sur son bord amont avant de la traverser et de descendre dans la pente.

On passe à travers des peuplements feuillus et résineux dont une belle douglasaie. Le sentier coupe par trois fois la route et ses lacets. Après avoir court-circuité le second lacet, nous passons devant un remarquable pesquier.

Plus en avant, notre regard se trouve accroché par la silhouette du château de Cabrespine du Xème ou XIème siècle, ancienne propriété de l’abbaye de Lagrasse. Il est dominé par le Roc de l’Aigle.

Au fur et à mesure que nous perdons de l’altitude, l’environnement végétal change. Après le châtaignier c’est le chêne vert que nous côtoyons. Réapparaissent le figuier, le ciste cotonneux et le genêt d’Espagne. Même l’air est plus chaud. Nous arrivons sur la route de Laval.

Nous profitons de la présence d’un banc pour boire et manger. Après nous être reposés, nous reprenons notre marche à l’ombre des cèdres. Nous entrons dans Cabrespine. La route se rétrécie entre les maisons et accuse une forte pente. Nous passons devant l’église Saint-Pierre-ès-Liens, franchissons le pont sur la Clamoux et prenons la direction du cimetière.

Nous quittons la route goudronnée pour suivre désormais un chemin en terrain naturel. Celui-ci monte de manière soutenue, en plein découvert, en direction d’antennes - relais. En nous retournant, nous découvrons le village de Cabrespine, en miniature, dans sa position de porte d’entrée de la Montagne Noire.

Nous grimpons toujours et arrivés au niveau d’une plateforme en balcon au dessus de la Clamoux, nous contemplons à travers des buplèvres, le Roc d’Agnel avec en arrière plan le Roc de l’Aigle. A l’horizon nous distinguons, les éoliennes de la Braquette, le relais de télévision du Pic de Nore et même le Roc de Peyremaux où nous sommes passés la veille.

Après avoir changé de versant, nous arrivons à un carrefour. La voie de droite conduit à Villeneuve Minervois. Nous prenons celle de gauche. Celle-ci descend dans la Garrigue Saint-Martin et nous conduit au lieu-dit « Borio las Crabos ».

Nous traversons la RD 289 et continuons sur un chemin de service en terre. Le paysage change.

Nous retrouvons les vignes et la silhouette de la Montagne d’Alaric. Nous longeons le Ravin de la Minière, traversons le lit du ruisseau et arrivons au château de Villerambert qui, comme à chaque fois, nous émerveille.

Nous ne sommes plus très loin de Caunes Minervois que nous rejoignons rapidement à travers les vignes.
C’est avec plaisir que nous retrouvons notre maison. Mais quelle satisfaction avons nous éprouvée d’être partis dans cette belle Montagne Noire, d’avoir pu apprécier toute sa diversité, d’avoir rencontré des gens particulièrement intéressants. Et puis, quelle satisfaction d’avoir bénéficié de notre autonomie, compté sur nos jambes et de nous être affranchis de notre voiture. Nous imaginons que viendra bientôt, l’envie de nous lancer dans un nouveau périple.
Distance parcourue 65 km