Les trois fléaux
Vous serez bien aise mon cher lecteur d'apprendre les grands malheurs et les terribles fléaux dont le bon dieu nous a voulu chatier dans ce tems ci. L'histoire vous apprendra sans doute les guerres que louis quatorze a soutenues contre toutes les puissances de l'Europe liguées contre luy ce qui obligeoit ce grand Roy d'imposer de subsides extraordinaires sur ses sujets qui les accabloient, de faire la levée des milices, en sorte qu'on conduisoit les garçons à la guerre comme on les conduit au supplice,
avec les menotes aux mains, mis dans des écuries comme des bêtes, c'est ce que j'ai veu de mes propres yeux.
Les guerres ne finirent pas que nous éprouvames la famine car elle fut si grande en 1709, dans tout ce royaume que j'ai vu des personnes brouter l'herbe : on étoit obligé dans les villes de mettre des gardes sur les portes pour se délivrer de l'importunité des pauvres; ce que les ames pieuses n'approuvoient pas. L'année mil sept cent dix neuf fut encore recommandable par des billets de banque qu'on appelloit, en sorte qu'on etoit obligé de se défaire de son argent pour un morceau de papier et cela sur des grieves peines ; l'argent pour le faire sortir mis sur un pied exorbitant, en sorte que trois livres en valoient quinse; ce qui fit augmenter les vivres et toute sorte de danrées et marchandises extraordinairement ce qui causa déjà une famine parmi l'abondance. Nos meaux ne finirent point là car la peste troisième fléau s'éleva en mil sept cens vingt et commença alors par marseille ville alors si peublée qu'on estimoit qu'elle renfermoit quatre cent mille ames. La contagion y feut si furieuse qu'elle en fit un desastre. Le mal étoit si furieux que ceux qui en étoient attaqués couroient les rues et se dévoroient les uns les autres ; on trouvoit la mère morte dans son lit avec son enfant vivant attaché à la mamelle et pour surcroit de maux, des forçats de galère destinés pour servir les malades et enterrements par une avarice inhumaine, tuoient les malades dans leur lit pour avoir leur argent. Elle se répandit ensuite dans toute la provence, Aix, Arles, Avignon ont éprouvé les memes malheurs que Marseille ; elle ne s'arreta pas seulement à cette province et sauta tout d'un coup dans le Gévaudan, un forcat la porta à un certain hameau, dit Escourège près de la Canourg[u]e, ou elle fut bientot et cette ville perdit les deux tiers de ses habitans; de la elle entra dans Marvejouls ou elle est maintenant et ou il a peri deja plus de dix huit cent personnes et on craint qu'il ne restera personne si elle y continue ; enfin elle est dans tout le Gevaudan et Vivarez et je ne scai si Dieu voudra porter vers les autres provinces de ce Royaume. Pour nous garantir; on fait une exacte garde dans toutes les villes et villages de jour de nuit et personne ne passe qu'il ne porte de bons certificats [pour] montrer d'ou il part et ou il va, des gens de guerre sont sur les frontières pour en empecher la communication du Gevaudan avec les autres provinces limitrophes avec des ordres de fusiller touts les fugitifs et personnes suspectes, en sorte qu'ils se sont fait des exécutions terribles ; s'il arrive quelque autre chose de que ? scavoir, mon cher lecteur, vous le trouverez dans la suite de mes registres. fait aux Verreries, le 25e octobre 1721. Joly curé
Archives municipales de Saint Pons de Thomières (81) - GG25
Eglise paroissiale des Verreries (Annexe de Notre Dame des Ferrières) BMS 1685-1759
Avec tous mes remerciements à Mme Claire Granier qui a très gentiment facilité mes recherches en me permettant d’accéder au registre GG25 à la mairie de St Pons. Ce registre étant relié très serré, il est très difficile de lire dans la pliure.







