Ce post est consacré aux photos de Michel Albero. Au printemps 2025, on a déjà pu les admirer en grand format à l'abbaye de Caunes pendant son exposition . Michel et moi partageons la même passion: photographier de vieilles voitures abandonnées dans la nature. Une passion ambivalente, certes! Une épave, est-ce du patrimoine industriel ou de la pollution environnementale ?
Michel a en tout cas réussi à immortaliser ces épaves rouillées de manière surréaliste. Dans cette nouvelle rubrique, j'en présenterai une chaque mois, accompagnée de quelques informations historiques
l'Épave de mars 

Cet épave à Azillanet avec sa calandre américanisé, ressemble à une sorte de mini Cadillac de 1941. En y regardant de plus près, on constate qu'il s'agit d'une Simca 6 (1948-1950). Cette voiture deux places était une évolution du modèle Simca 5 (conçu par Fiat) et est assez rare, car seulement 16 500 exemplaires ont été vendus.

En Italie, en revanche, la Fiat 500C presque identique, était très prisée : entre 1949 et 1955, 376 371 exemplaires ont été produits. Mais le public français préférait la Renault 4 CV à quatre places. Plus d'un million d'exemplaires ont été fabriqués. Il en reste donc encore beaucoup d'épaves, mais nous en parlerons le mois prochain.
Sources: https://fr.wikipedia.org/wiki/Simca_6 et musée Simca Martinique
l'Épave de février

Michel Albero a photographié l'arrière d'une Peugeot 402 Limousine (à six glaces) à Caunes, près de la sculpture en marbre d'un lion (comme c'est approprié !). Cette partie de la carrosserie a probablement été mise au rebut afin de transformer une 402 en pick-up.
On dit qu'un garagiste de Villeneuve a ainsi aménagé dans les années 60 plusieurs berlines pour le transport de la vendange. Il est donc tout à fait possible que ce morceau de tôle rouillée trouvé à Caunes appartienne à l'une des deux épaves que j'ai découvertes autrefois à Villeneuve et Cabrespine (photos ci-dessous). Celui qui parviendra à réassembler la partie avant et la partie arrière obtiendra une voiture classique qui vaut aujourd'hui facilement 20000 €.

Une 402 devant la Porte Narbonnaise à Carcassonne, au départ du Tour de l'Aude. (©Albero2025)
La 402 (1935-1940) était une imitation éhontée de la Chrysler Airflow (1934) ©photos ci-dessous J.P.Marche et Martin Hans V. ccBY3.0

En 1938, la Peugeot 202, une version réduite de la 402, fit son apparition. Elle succéda à la 201 « queue de Castor ». Voir « l'épave de janvier ».

Les voitures qui louchent : Peugeot 402 (©Claude Gosset) et Peugeot 202 (©Aguttes).
l'Épave de janvier 2026

Commençons le premier mois de la nouvelle année avec une photo d'une Peugeot 201D que Michel Albero a trouvée à Cassagnoles. J'avais autrefois déjà photographié l'arrière de cette même épave.

Le modèle 201D date de 1935/1936 et se reconnaît à son arrière « queue de castor » , une ligne aérodynamique révolutionnaire pour l'époque.
sources: Wikipédia photos Zoodyssée et MartinHansV. CC BY 3.0; ci-dessous d.g.à.d. : le mème modéle 201D à Caunes (lieu dit l'Éco, 2009) par Hubert et 2 photos sur autos-croisées

La 201 fut suivie par la Peugeot 202 qui n'était qu'une 402 en réduction et surnommée « la voiture qui louche ». Voir « l'épave de février ».
l'Épave de décembre
« Perte de Clé » est le titre donné par Michel Albero à sa photo remarquable de l'épave du mois de décembre. Heureusement j'ai découvert la clé pour identifier cette épave : La présence abondante de rouille est typique d’une Renault Dauphine, ainsi que le profil creux des portes. Ce profil spécifique est dessiné par Ghia en particulier pour intégrer les entrées d'air pour le refroidissement du moteur, situées en avant des ailes arrière.


photos leboncoin et AlfvanBeem©0 1.0
De 1957 à 1961, Renault Dauphine a été la voiture la plus vendue en France. Une deuxième épave d'une Dauphine à Azillanet remonte à cette période. Cet exemplaire (ci-dessous) dispose en effet encore de clignotants latéraux ; ceux-ci ont été remplacés en 1961 par des feux avant et arrière.

Six ans plus tard, Renault France a mis fin à la production de la Dauphine, mais encore jusqu’en 1970 le modèle a été produit sous licence par d’autres fabricants en dehors de la France. Au total plus de deux millions de Dauphines ont été construites. source Wikipedia
Père Noël dans une Fiat 1100E pickup 1950 au Forum Romanum :

l'Épave de novembre

L'épave du mois de novembre a quatre roues et pas moins de deux volants, mais ce n'est pas une voiture, ni un charriot ; c'est une charrue. J'ai récemment trouvé ce vestige rouillé du patrimoine agricole sur la rive gauche de l'Argent Double, entre Rieux et Peyriac-Minervois. Sur place, le Syndicat Mixte Aude Centre a « supprimé les obstacles afin de redonner à la rivière sa dynamique naturelle et ainsi mieux prévenir le territoire du risque inondation ». Plusieurs panneaux d'information fournissent sur ce projet d'hydromorphologie. La cerise sur le gâteau, c'est cette charrue antique qui a été placée ici, mais malheureusement sans aucune explication.
Charrue à bascule
Par hasard j'ai reconnu ce colosse par mon article sur le Salon de l'automobile de Paris de 1901 ; il s'agit d'une charrue à balance ou à bascule. Elle dispense du demi-tour en bout de sillon ; il suffit simplement de la basculer ! C'est Michel Plancard, originaire de Carcassonne, qui fournissait à la fin du XIXe siècle ce type de charrues à de nombreux clients du Minervois.

À l'époque elle était tirée à l'aide de câbles, par deux locomobiles à treuil (une à chaque extrémité du champ). L'ensemble était qualifié de charrue à vapeur. Équipée de socs multiples, elle pouvait faire plusieurs sillons à la fois. voir demo
Charrue à bascule monosoc
Cependant la charrue à Rieux ne dispose qu'un très grand soc unique de chaque coté, ce qui indique qu'elle était utilisée pour les travaux de défonçage en profondeur. source Wikipedia

photo Désarbais vers1910 CC BY-NC-SA 2.0 : Une charrue à bascule monosoc tirée par une locomobile automotrice à treuil. La roue horizontale faisant office de treuil est visible sous le corps de la locomobile. Après 1945 les locomobiles, très coûteuses, ont été remplacées par un seul tracteur. voir demo
note: La photo de l'épave du mois de novembre ne provient exceptionnellement pas de la série Technostalgie de Michel Albero. Mais à partir de décembre prochain, vous pourrez de nouveau admirer davantage de ses photos.
l'Épave d'octobre
Est-ce vraiment une Rosengart ?

Ce mois-ci deux photos d'une épave à Peyriac-Minervois. Il s'agirait d'une Rosengart, une marque automobile française tombée dans l'oubli.
En effet, cette épave ressemble fortement à une , mais comme on l'a vu le mois dernier avec la Matford, un petit détail différent peut signifier que on a affaire à une marque tout à fait différente.

En regardant de plus près les photos de l'épave à Peyriac, on découvre que l'entrebâilleur pour le pare-brise diffère de celui d'une Rosengart (photo à droite ci-dessus).
De plus, l'épave ne semble pas offrir une espace pour accueillir le réservoir d'essence rond, caractéristique des Rosengart (photo à droite ci-dessous).

De telles futilités peuvent indiquer une modification apportée à une série ultérieure ou à un modèle construit plus tard. Mais en recherchant une photo correspondante sur Google, on découvre que ce modèle d'entrebâilleur était utilisé à l'époque par Renault (photo à droite ci-dessous).

Ci-dessous : Comparez la position des trous sous le capot de l'épave avec celle de la Renault.

Donc l'épave à Peyriac n'est pas une Rosengart, mais une Renault ! Et à en juger par la calandre, c'est un des modéles Primaquatre ou Monaquatre ou Celtaquatre datant de 1934 à 1936 :

Primaquatre ©Encyclautomobile, Monaquatre ©Artcurial, Celtaquatre ©LeCruchon
Elles étaient disponibles en version berline, coach, torpédo, coupé, cabriolet, décapotable, luxe, grand luxe, commercial... Au total, pas moins de 65 modèles et types !
Ci-dessous une Renault Celtaquatre Cabrio au départ du Tour de l'Aude 2025. ©Albero

Commentaire Virginie Puente Jeudi 9 Oct 2025 15:54 #65
Merci Hubert pour toutes les explications. Nous sommes véritablement dans de l'archéologie industrielle. Virginie
l'Épave de septembre
Matford ou Ford ?

Commençons par la photo ci-dessus, prise d'une épave Matford(?) quelque part entre Laure et Trèbes. Comme nous l'avons vu plus souvent, l'épave à Laure-Minervois, elle aussi, a été transformée en pick-up à la fin de sa vie.
S'il s'agit bien d'une Matford, il semble que ce soit le modèle V8-92A (millésime 1939, présenté en octobre 1938). Cette année-là, les aérations latérales du capot ont été supprimées et remplacées par un insigne MatFord en forme de goutte d'eau allongée source
Cependant, l'épave ne présente pas une "goutte d'eau" mais trois trous destinés à une moulure chromée (Voir les trois flèches rouges).
Une telle moulure latérale a été appliquée sur le modèle Ford 472A d'après-guerre. C'est pourquoi je suppose que l'épave trouvée à Laure n'est pas une Matford, mais une Ford !
Ford V8-472A

La Ford 472A (dérivée de la Matford ) a été fabriquée de 1946 à 1948 dans l'usine Ford à Poissy. D'ailleurs quelques Ford 472 ont été construites déjà en 1939 après l'évacuation de l'usine Matford de Strasbourg et le déménagement vers une nouvelle usine Ford à Poissy. Elles n'ont pas une moulure chromée mais sont reconnaissables à leur insigne en forme de goutte d'eau avec Ford au lieu de Matford (voir ici). Cela a également marqué la fin de la marque Matford et des légendaires voitures alsaciennes de l'usine d'Émile Mathis. Source : leroux.andre.free.fr Photo Willem Alink ©BY-NC-SA-2.0
Au cours des premières années d'après-guerre, Émile Mathis tenta en vain de mettre en production plusieurs prototypes prometteurs et révolutionnaires, mais en réalité, la marque Mathis avait déjà disparu du marché en 1935, lorsque la production de la dernière véritable Mathis avait été arrêtée sous l'impulsion de Ford. Quatre-vingt-dix ans plus tard, une Mathis participait encore au Tour de l'Aude 2025. Michel Albero a pris la photo ci-dessous de cette Mathis EMY4-S de 1934 au départ à Carcassonne.