Une série de photographies uniques du début décembre 1901.

Quel est le rapport entre le Salon de Paris et l'histoire du Minervois ?
Construit pour l'Exposition universelle de 1900 à Paris, le Grand Palais rouvre ses portes en janvier 1901 pour le Salon de l'automobile, du cycle et des sports. Parmi les 600 exposants, aucun n'est originaire du Minervois.
Le seul représentant de la région est un certain Michel Plancard de Carcassonne, qui expose « Voitures automobiles à moteur à essence, système Plancard ». Cela ne signifie pas que ce Carcassonnais construit réellement des voitures, mais qu'il pourrait y mettre son système Plancard(?). C'est ce qu'il fait avec sa première voiture personnelle, une , qu'il acquiert à Toulouse en juin 1901 et avec laquelle il remporte le premier prix deux mois plus tard à Carcassonne lors des Fêtes Sportives Languedociennes, coorganisées par ses soins ! Déjà en 1898, un certain M. Duchan de Carcassonne avait remporté un concours d'élégance à Monte-Carlo avec une voiture, d'un cachet vraiment superbe, sortie des ateliers de construction de M. Michel Plancard fils. (source : famille-Plancard.blogspot)
Malheureusement, nous n'avons pas de photo du stand Plancard à Paris, seulement cette publicité de 1902, qui ne montre pas une voiture Plancard, mais une Rochet & Schneider de 1900.
Michel Plancard à la recherche de nouveaux débouchés
Plancard est le patron d'une entreprise métallurgique. Au cours des 15 dernières années, il a fourni à de nombreux clients du Minervois des , destinées à replanter les vignes après leur destruction par le phylloxéra.
Charrue à vapeur à Pouzols-Minervois (photo de la collection du Château de Pouzols)
Le marché des charrues est désormais saturé et Plancard espère que l'automobile lui offrira de nouveaux débouchés. En vain, car son ancienne clientèle traverse une crise économique et n'est pas encline à investir à nouveau, encore moins dans l'automobile particulière qui, à l'époque, est encore un objet de grand luxe, réservé à des personnes fortunées.
On ne sait pas si Plancard s'inscrit encore au prochain Salon de Paris. Il vient de devoir licencier 20 employés et souhaite maintenant acquérir un projet d'une nouvelle station de pompage des eaux auprès de la municipalité de Carcassonne.
Les premières "voitures sans cheveaux" dans le Minervois
Pour l'instant, il n'y aura (pratiquement) pas de voitures automobiles vendues dans le Minervois. Sur des photos anciennes, on voit tout au plus des calèches ou des tramways à vapeur, mais pas une seule automobile. À l'époque un automobiliste perdu pouvait provoquer encore une foule. La première voiture à Siran en 1913 a même donné lieu à l'édition d'une carte postale. Le passage du Tour de France Automobile à Carcassonne le 25 mai 1906 (sans s'y arrêter) fait sensation et en août de la même année lorsque Carcassonne est ville étape d'un autre course avec pas moins de 35 voitures, la presse ne cesse d'en parler. (source : Martial Andrieu)
Outre le fait que les courses sont un moyen de démontrer que l'on pourrait désormais se passer des chevaux, elles sont aussi une grande source de progrès. Recherches et innovations techniques se succèdent rapidement et seulement dix mois après le Salon de l'Automobile de janvier 1901, l'exposition suivante a lieu avec de nombreux nouveaux modèles.
Le Salon de décembre 1901
Le "quatrième" Salon de l'automobile (du 10 au 25 décembre 1901) est tombé dans l'oubli. Il est donc assez spectaculaire qu'une série de photographies uniques de ce salon ait refait surface (grâce à Guy!). Elles n'ont d'autre référence que les enseignes ornées au-dessus des stands. Il y en a de trop pour être publiées dans un seul article, nous allons donc les répartir en plusieurs fois. Cliquez sur l'icône « Paramètres » de chaque photo pour l'agrandir (voir la flèche rouge).
Nous parcourons l'allée centrale de la photo ci-dessus; ne trébuchez pas sur l'escabeau haut! (le salon n'ouvrira que demain)
Commençons à gauche par le stand d'Automobiles Bardon avec à côté l'enseigne Cottereau (Cliquez sur chaque photo pour en savoir plus sur cette marque)

Ensuite le stand (en style Art Nouveau) de Georges Richard (photo ci-dessous). Comme de nombreux constructeurs automobiles de l'époque, Georges Richard fournit également des châssis nus sur lesquels des carrosseries personnalisées peuvent être construites, comme la voiturette baroque photographiée séparément. D'après un petit panneau, cette voiturette a été vendue à son altesse chérifienne Moulay Abdelaziz sultan du Maroc. Ses dépenses somptuaires et extravagantes conduiront à une rébellion et finalement à son détrônement.
Puis, en passant devant un stand de Boyer (pas de photo) nous arrivons au milieu du Grand Palais, où nous nous retrouvons devant un camion à vapeur de De Dion-Bouton avec une statue équestre de Vercingétorix. Cette œuvre de cinq tonnes de Bartholdi sera installée à Clermont-Ferrand, où l'inauguration se terminera par une "guerre des gueules". Cliquez sur la photo pour cette histoire amusante du journal La Montagne 

Revenons par le même parcours pour admirer, de l'autre côté de l'allée centrale, les stands de Cycles Liberator (pas de photo), Clément et MORS

F.Charron-Gigardot-Voigt et Ste.La Française(marque Diamant)

Nous passons devant les stands de et
Léon Lemaire (pas de photos) pour terminer ce premier tour chez
Moteurs E.Buchet. Sur le panneau à l'arrière du stand, on peut lire
Moteur appartenant à M. A Santos-Dumont et avec lequelle il a gagné le prix Deutsch. Santos avait parcouru "sur une machine volante" une boucle entre le parc de Saint-Cloud, la Tour Eiffel et Saint-Cloud en moins de 30 minutes.

Poursuivons notre visite à travers ce salon dans le prochain article pour découvrir les parcours numéro 2 et 3.

N'hésitez pas à nous faire part de vos commentaires, surtout si vous avez davantage d'informations sur une photo ou si vous pouvez faire un lien avec le Minervois.